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Rencontre avec Michel Brunet
Toumaï, le nouvel hominidé
ou notre plus vieil ancêtre |
Nous avons un nouvel ancêtre
: Toumaï. Il a 7 millions d'années (Ma) et fut découvert le
19 juillet 2001 au Tchad en Afrique centrale, là où on pensait
ne jamais trouver de trace d'hominidé. Il est représenté par
un crâne complet. L'étude de ce crâne montre que ce n'est
ni un chimpanzé, ni un gorille. Des questions se posent alors
: est-ce lui l'ancêtre commun aux humains et aux chimpanzés
ou bien est-il l'ancêtre du rameau humain ? L'analyse des
fossiles le place dans une nouvelle race d'hominidés et ses
caractères primitifs et dérivés le rapprochent bien singulièrement
de notre branche |
1 - Pourquoi l'appelle-t-on
Toumaï ?
C'est le président de la République du Tchad qui
a choisi de l'appeler ainsi. Toumaï signifie " Espoir de vie ".
c'est le nom donné dans le désert du Djourab aux enfants qui naissent
juste après la saison sèche. Son nom scientifique est Sahelanthropus
tchadensis.
2 - Où a-t-il été trouvé exactement?
et par qui ?
Il a été trouvé par un membre de l'équipe de Michel
Brunet, Ahounta Djimdoumalbaye, à Toros-Menalia, dans le désert
Djourab, au nord du Tchad sur l'un des 300 sites à vertébrés fossiles
actuellement répertoriés. Ce désert se trouve à 2 500 km de la vallée
du Rift, dans la région de Toros-Menalla.
3 - Comment est cette région ?
C'est une région désertique plate et avec des dunes.
Elle est aujourd'hui l'objet de violentes et fréquentes tempêtes
de sable qui mettent au jour ces niveaux fossilifères anciens.
Depuis 7 millions d'années, il y a eu une alternance
de méga lac Tchad (400 000 km2) et de désert, c'est-à-dire de périodes
humides et sèches. Le dernier méga lac remonte à 5 000 ans. Aujourd'hui
nous sommes en période sèche, donc c'est le désert. Les fossiles
ont été découverts dans les sédiments déposés par le méga lac, c'est-à-dire
dans les grès lacustres d'une période humide.
4 - Qu'est-ce qu'un hominidé ?
Les hominidés (ensemble du rameau humain) sont
considérés comme le groupe frère des panidés (les chimpanzés) avec
lesquels ils partagent un ancêtre commun.
5 - Pourquoi dit-on que Toumaï est
un nouveau genre, une nouvelle espèce d'hominidé ?
Parce qu'il possède une association de caractères
primitifs et dérivés qui permettent de le distinguer à la fois des
grands singes africains actuels (gorilles et chimpanzés) mais aussi
de tous les autres genres d'hominidés fossiles décrits jusqu'à ce
jour. Ces caractères indiquent clairement son appartenance au rameau
humain et le séparent des Gorilles et des Chimpanzés. Ils montrent
aussi qu'il est proche du dernier ancêtre commun aux chimpanzés
et aux humains.
6 - Quels sont ces caractères ?
L'étude du crâne et des dents de Toumaï permet
aux paléontologues (spécialistes des fossiles) de déduire beaucoup
d'éléments qui le classent parmi les hominidés :
Le crâne : Sa face est haute et il possède un gros
bourrelet sus-orbitaire qui n'est pas caractéristique des singes.
Sa mâchoire est peu prognathe (elle n'avance pas). La capacité cérébrale
est comparable à celle des chimpanzés actuels mais différente. Le
trou occipital, trou par lequel sort la moelle épinière, a déjà
commencé à migrer vers l'avant, ce qui indique que Toumaï est déjà
en position presque debout. Le crâne indique aussi que la taille
de Toumaï était proche de celle d'un chimpanzé.
Les dents : Toumaï a également une dentition qui
s'approche de celle de l'hominidé et est bien différente de celle
des grands singes. Il a, par exemple, des canines supérieures de
petite taille. La morphologie de ses dents, l'épaisseur de l'émail
et l'absence d'espace entre les dents (diastème) indiquent aussi
qu'il appartient plutôt au rameau humain qu'à celui des singes
Mais l'utilisation actuelle des technologies mondiale
pour analyser les fossiles de Toumaï doit permettre d'en apprendre
encore beaucoup. Par exemple, ces technologies de pointes permettent
de scanner avec la puissance de rayons nécessaire, de reconstituer
une image du crâne en 3D et de composer une mâchoire composite.
Avec le 3D, on a pu travailler sur l'oreille interne. Or, l'oreille
permet de connaître la position du crâne par rapport au corps et
donc le moyen de locomotion.
7 - Etait-il bipède ?
La position du trou occipital de Toumaï se retrouve
chez des hominidés plus récents qui étaient bipèdes. C'est donc
un caractère que l'on connaît associé à la bipédie. Mais ce caractère
reste insuffisant pour dire que Toumaï était bipède même si l'analyse
de la face et de la base du crâne conforte cette hypothèse.
8 - Est-ce que les dents peuvent
apprendre beaucoup de choses ?
Oui. Les dents sont des parties du corps très résistantes
qui se fossilisent bien. Leur étude permet aussi de déduire le régime
alimentaire.
Mais d'autres dents permettent d'en apprendre sur
Toumaï. Ce sont toutes les dents d'animaux trouvées dans un périmètre
proche de Toumaï (500 m2). L'étude de ces dents de mammifères, de
poissons et de reptiles permet de savoir ce que les animaux mangeaient
et donc de recomposer le paysage.
9 - A-t-on trouvé beaucoup de fossiles
sur le site de Toumaï ?
Plus de 700 fossiles de mammifères qui ont tous
été analysés un à un. Ils constituent une faune très riche et diversifiée.
Il y avait des spécimens de cochons, d'antilopes, d'éléphants, d'anthracothères
(entre le sanglier et l'hippopotame), des nyanzachoeres (sangliers
de très grande taille), des bovidés, des gazelles, des hipparions
(" cousins " du cheval), etc. Certains micros fossiles comme des
dents de rongeurs, peuvent mesurer moins d'un millimètre. Ces restes
de vertébrés représentant quarante-deux espèces dont vingt-quatre
de mammifères primitif. Ils ont été découverts en balayant le désert
et en tamisant le sable.
10 - Alors le paysage était comment
?
On sait qu'il vivait sur un paysage très plat où
ont alterné de grandes périodes d'humidité et de sécheresse. Le
lac Tchad s'est donc plusieurs fois agrandi ou a diminué. Quand
il diminue, il laisse des sédiments sur lesquels la flore se développe
et donc la faune y vient pour s'en nourrir. De même, il y avait
des poissons dans le lac. Un lac est aussi alimenté par des rivières
qui permettaient elles aussi aux hommes et aux animaux de venir
se désaltérer. Le contexte géologique et faunique indique une mosaïque
de paysages. La composition de la faune témoigne de la diversité
de ces paysages, plus ou moins ouverts, situés entre lac et désert,
c'est-à-dire dans un contexte original très inhabituel.
Toumaï est associé à des pieds de dunes fossiles
et une faune variée, il y a donc une mosaïque de paysages et il
est difficile de dire dans quel paysage il vivait exactement, mais
une chose est sûre, il n'y a pas de trace de forêt (qui est le milieu
de vie des Gorilles). Les études sont en cours pour répondre dans
quel endroit de cette mosaïque Toumaï vivait.
11 - A-t-on trouvé autre chose ?
Oui. On a aussi trouvé au même endroit des restes
qui appartiennent à cinq individus différents. Ce sont deux fragments
de mâchoire et trois dents (1 canine inférieure, 1 incisive supérieure
et 1 molaire supérieure). Ce qui veut dire que l'équipe se trouve
en face de la première famille de préhumains. Or " le bipède pouvait
parcourir des distances plus grandes sur un espace plus grand pour
la collecte de nourriture, ce qui donne la possibilité de vivre
en groupe ".
Michel Brunet, paléontologue, est professeur à
l'université de Poitiers et directeur de la Mission paléoanthropologique
franco-tchadienne. C'est lui qui a mis à jour au Tchad les reste
du plus vieil hominidé connu, baptisé "Toumaï" ("espoir de vie"
en langue goran).
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