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" Construire une nouvelle
forme de société " |
La rédaction de Mediajunior s'est intéressée aux
idées du généticien
et écrivain Albert Jacquard. Cet " activiste
humaniste " appelle ses concitoyens à réfléchir sur notre
société, par le biais d'essais, tels que " Tentatives de
lucidité " sorti en janvier aux Editions Stock ou plus récemment
" Halte aux Jeux ".
Son objectif : construire le présent et le futur des nouvelles
générations.
Rencontre
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MediaJunior: Quelle est la première forme de lucidité que vous souhaiteriez insuffler aux nouvelles générations ?
Albert Jacquard : " Quel devenir
pour notre monde ? On constate que le nombre d'êtres humains augmente
de plus en plus vite, et par conséquent que les ressources naturelles
ne sont pas inépuisables. La terre est toute petite. En découvrant
la finitude de la terre, l'homme voit son domaine diminué. Il faut
respecter ce que la terre nous donne. A-t-on le droit de gaspiller
ainsi l'eau, l'air, le pétrole ? A qui appartiennent-ils ? C'est
un cadeau que la terre fait à tous les hommes. L'impossibilité d'envisager
une immigration sur une autre planète nous oblige à gérer, en bons
pères de famille cette propriété."
Quelle forme doit prendre l'humanité
nouvelle ?
A.J. :" En dépit des grandes découvertes qui
ont révolutionné l'humanité, en sciences, je remarque que c'est
dans la capacité à se détruire que l'homme a fait le plus de progrès,
et souvent par le biais de ces découvertes. C'est pourquoi il
semblerait que certaines avancées du savoir, la maîtrise de l'ADN
par exemple, mériteraient de rester à l'état de connaissance.
Il faut s'interdire d'utiliser ces pouvoirs nouveaux, et c'est
en ce sens que l'humanité nouvelle devra s'obliger à dire non
à elle-même. "
Alors comment fonder mon émerveillement
d'appartenir à l'humanité ?
A.J. :" Pour répondre à cette question, il faut
remonter aux origines de l'humanité. Il y a un milliard d'années,
un phénomène étrange apparaît : la procréation. De la rencontre
de deux êtres, un troisième est créé. Toutefois, on peut attribuer
ce phénomène créateur de la rencontre à beaucoup d'autres éléments
: prenez un silex par exemple, seul il ne sert à rien. Mais si
vous le faites rencontrer un autre silex, cela fait une étincelle,
et cela créé le feu ! La rencontre permet donc l'apparition d'un
objet nouveau aux capacités inattendues. Dans cette rencontre
avec un autre homme, quelqu'un de plus est là : c'est le surhomme.
Notre mission nouvelle est d'organiser des rencontres. Essayons
donc de construire le surhomme à 9 milliards d'êtres humains !
Cette rencontre à dimension planétaire est malheureusement vouée
à l'échec car nous avons fait de la compétition notre principal
moteur. "
Dans " Halte aux Jeux ", qui a trait aux Jeux
Olympiques, vous expliquez justement ce que devrait être une société
de la non-compétition.
A.J. :" La compétition est une attitude complètement
artificielle, pourtant inscrite dans les mœurs comme une espèce
de parasite amenant l'humanité à organiser sa propre destruction.
Se comparer aux autres est un comportement logique et inévitable,
qui permet d'évaluer son évolution personnelle. Cela ne devrait
toutefois pas provoquer en nous le désir d'être meilleur que l'autre,
mais au contraire, d'être meilleur que soi même, avec l'autre. Pourtant,
tout est construit dans notre société pour susciter en nous ce quasi
reflex de compétitivité. "
C'est le cas déjà à l'école ?
A.J. :" Je suis pour la suppression
de tous les concours. Donner une note à une copie, c'est l'unidimensionnaliser.
Mieux vaut une discussion, cela permet justement d'instaurer l'art
de la rencontre. On ne construit rien seul, le parcours de chaque
individu ne se fait pas à côté ou contre les autres mais bien avec
et pour les autres."
Votre conseil pour construire le futur des nouvelles générations ?
A.J. : " Créons une société de la non-compétition,
une société de l'émulation. Tentons de construire une humanité
qui en vaille la peine. Soyons orgueilleux ! Utopie ? Je ne crois
pas. Je suis inquiet et volontariste. Je n'accepte pas le monde
tel qu'il est. Je demande aux jeunes de ne pas l'accepter. "
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